JOURNAL D’UN MELOMANE est une websérie en 9 épisodes écrite par Kostia Milhakiev, qui retrace son parcours de mélomane au fil du temps.

Ne dites pas à mes copains que je suis un mélomane, ils croient que je suis un amateur (fortuné) de hifi. Voici comment je pourrais paraphraser en guise d’introduction.

Je suis de la génération qui — j’étais lycéen — a découvert les Beatles, auxquels s’opposaient mes copains amateurs, eux, des Rolling Stones. La guerre était fratricide, mais nous nous retrouvions d’accord pour apprendre dans la cour les pas du Madison.

Je participais peu à ces querelles, ou à ces apprentissages, j’étais un romantique littéraire et la musique ne m’intéressait pas du tout. Comme tout le monde, je voyais bien les contorsions de Johnny Hallyday à la télévision, mais j’échappais totalement à l’éclosion de ces années qui allaient donner à la musique les plus grands génies du rock et de la pop.

C’est à vingt ans, gagnant ma vie seul à Paris, que je prêtais attention aux émissions de Georges Lang sur RTL, en début de nuit. Et encore, je ne mémorisais rien ! C’était un fond sonore propice à l’arrivée du sommeil. Aujourd’hui encore, lorsque j’entends un morceau fameux des années 70 ou 80, je suis toujours incapable d’en dire l’auteur, le groupe, l’année de parution. Je ne suis pas une encyclopédie.

Et la musique classique, alors ?.. Horrible ! Les chanteurs d’opéras gueulaient devant un public compassé, les mouvements évanescents de Samson François au-dessus de son clavier, tard le soir à la télévision, n’étaient que sensiblerie, afféterie ridicule.

Comment alors suis-je devenu mélomane, amoureux d’abord de jazz puis de musique classique et d’opéras ?

Un publicité pour de la Hifi Kenwood dans les années 70

Eh bien, tout d’abord par un miracle économique qui fit se révéler toutes sortes de technologies, dont celle qu’on appelait la HI-FI. Connue depuis les années 1960, elle a fait son apparition démocratique dans les magasins spécialisés dans les années 70/80, et elle était drôlement belle à voir cette hifi. Bientôt il fut de bon ton d’avoir chez soi une chaîne hifi qui marquait cette époque, comme la possession d’une certaine montre indique, de l’avis d’un publicitaire connu, sa réussite sociale. Donc, j’ai rêvé d’obtenir également cette marque de distinction, un peu snob.

J’avais une amoureuse passionnée de Supertramp, de Barry White, de Barry Manilow, d’Elton John. J’ai donc acheté un ensemble intégré, dont j’ai fort heureusement oublié la marque (je crois qu’il s’agissait de TECHNICS), qui sonnait plus fort (beaucoup plus fort) que notre habituel poste à transistors… C’était là l’essentiel.

Dans cette chronique, j’aborderai les choix de matériels hifi, et les réglages ou trucs simplissimes parfois, utiles à tout mélomane ; ceux-ci ne concerneront que peu les amateurs de rock et de musique électronique.

En effet, ces musiques, par les effets de distorsion sonore qu’elles recherchent, s’accordent à des matériels hifi que je qualifierais de plus « standard ». D’autre part, n’étant toujours pas spécialiste de ces musiques, je ne pourrai faire de comparatif de rendu, ou de signature sonore, entre telle ou telle enceinte, ou amplificateurs d’époque, encore prisés des amateurs d’aujourd’hui. A chacun son domaine de compétence.

Mon propos est d’expliquer comment j’ai pris goût à la musique classique et — surtout — à son interprétation depuis une écoute lambda sur des matériels décevants, jusqu’à la révélation que j’ai eue plus tard, en écoutant les conseils d’un nouvel ami, pianiste concertiste, ingénieur du son de génie, producteur de musique classique et de jazz.

Il m’avait simplement posé cette question en se posant devant ma chaîne hifi  :

— «  Mais, enfin, qu’est-ce que tu veux entendre  ?  »

Ce sera l’objet de mes développements et explications ultérieurs. Car j’aurais bien aimé connaître un blog comme celui sur lequel vous me lisez afin d’éviter d’être le hifiste berné que je fus pendant de trop longues années.