Vinyle et sources digitales : un secret de Polichinelle ?

Le vinyle est en plein boom, personne ne va s’en plaindre et surtout pas les industriels, qui voient en ce renouveau un moyen soit, pour les majors, de relever un peu la tête suite à la chute des ventes de CD, soit pour quelques labels indépendants ou spécialisés, le moyen de vivre de leur passion, car le vinyle est une histoire, bien souvent de passion.

Comme vous le savez, j’attache une importance toute particulière à la transparence de l’information, et j’avais donc déja évoqué sur ce blog le problème du mutisme des labels quant aux sources utilisées pour le pressage de leurs vinyles. J’ai par ailleurs commencé à établir une liste des masters utilisés, et j’ai toujours besoin de votre aide pour la remplir.

Dans ce cadre de recherche d’information, je me suis permis de contacter différentes personnes afin d’avoir plus d’information sur les sources utilisées : le patron de Back on Black Records, qui ne m’a pas répondu, la section vinyle d’Universal représentée par le label Back To Black, sans plus de succés, et enfin, Music on Vinyl, label plutôt connu pour la qualité de ces réeditions, et ô miracle, on a daigné me répondre ! En gros, sur le site de Music on Vinyl, le label déclare utiliser les meilleures sources analogiques possibles. Cependant ce texte a récemment changé car il y a quelques temps ils parlaient de sources digitales, ce qui m’a été confirmé par le label. Certaines sources sont bien les masters analogiques, d’autres ne le sont pas. Lorsque j’ai demandé une liste des masters utilisés, on m’a répondu que la liste était trop longue mais qu’ils répondraient à quiconque les contacterait à propos d’un vinyle en particulier.

Bref c’est louche tout ça, les labels ne se mouillent vraiment pas beaucoup.

Par contre mon contact chez Music on Vinyl m’a fait passer le scan d’un article paru dans Hifi World de Juin 2012, dans lequel le patron de Music on Vinyl intervient. Cet article étant intéressant au plus haut point, j’ai décidé de le partager et de le traduire pour ceux qui ne seraient pas très à l’aise avec la langue de Shakespeare.

Si vous souhaitez lire l’article original (en anglais), c’est par ici.

L’industrie du vinyle est-elle une vaste supercherie ?

Saviez-vous que la plupart des réeditions vinyle sont pressées, de nos jours, depuis une source digitale ?

C’est la vérité. Malgré le fait que les magazines, les forums du web, les audiophiles et les journalistes nous bassinent à grands coup de « master tapes » par-ci ou « analogique » par là. Et ceux-là même de dénigrer les CDs. Alors sommes-nous tous de grands hypocrites et l’industrie du vinyle est-elle un vague nuage de fumée où reigne l’omerta ? Les choses ne sont peut-être pas si simples.

Vermeuleun accepte la critique lancée à l’industrie du vinyle et ses premiers mots sont les suivants : « Ok, 95% des gens sur cette planète parmi ceux qui écoutent de la musique ne voient rien à redire au MP3. » Et les audiophiles ? « Il n’y a que peu de personnes qui savent faire la différence entre un mastering analogique et un mastering fait à partir d’une source digitale moderne, car la différence est infime. Il faut avoir des oreilles en or, et savoir comment les utiliser ! »

Choqué(e) ? Je rajoute qu’il y a de nombreuses entreprises qui utilisent des sources analogiques pour leurs vinyles. Et Music on Vinyl en fait partie. Il y en a d’autres d’ailleurs, comme Speakers Corner, Pure Pleasure, Mobile Fidelity, Sundazed et d’autres encore.Il existe cependant des centaines de raisons pour lesquelles un master analogique n’est pas utilisable : le master original a été mis à la poubelle, a été détruit lors d’un incendie, est en trop mauvais état ou n’existe même pas (la plupart des albums de la fin des années 80 et des années 90 étaient enregistrés sur DAT).

« Si le master analogique est disponible alors nous l’utilisons. En ce qui concerne Music on Vinyl, les labels savent que nous souhaitons la meilleure source disponible; s’ils nous envoient une source digitale et qu’elle est de qualité, nous l’utilisons. Si nous avons des doutes, nous réclamons un master différent. »

Mais Music on Vinyl ne demande pas des sources analogiques ? MOV devraient exiger ces dernieres non ? Ou les majors choisissent la facilité en livrant des sources digitales. Fouiller dans les archives prend du temps et le temps c’est de l’argent …

« Ils savent très bien que nous souhaitons des masters analogiques » nous confirme Vermeulen, « et je ne peux pas imaginer que par simple paresse ils ne recherchent pas les sources analogiques. Ils ont un deal avec nous, et au plus le produit sera de bonne qualité, au plus les ventes seront au rendez-vous. Lorsque j’ai pris la tête de cette usine, ils y avait beaucoup de vielles archives. Sony était bien organisé. Je ne sais pas ce qu’ils ont pu faire de leurs vieux masters. Je pense qu’ils les ont convertis en digital – c’est plus simple pour eux. »

« De manière plus générale, il y a pas mal de personnes à la recherche de bons masters analogiques – les lecteurs de votre magazine par exemple. Cependant, je pense que 99% des personnes achetant des vinyles sont plus attirées par le produit en lui-même, avec cette belle pochette et son insert riche en photos, pour remplir leur collection. Ils recherchent même à avoir ce petit craquement, car sans ce dernier, un vinyle ne serait pas un vinyle, mais un CD. Une minorité de gens dépensent de l’argent dans de la hi-fi haut de gamme, mais je suis convaincu que si nous faisions un test A-B entre une de nos sources digitales et une source analogique, peu de gens feraient vraiment la différence. »

Pourquoi ? Parce que l’entreprise utilise des transfert digitaux de haute qualité, mais Vermeulen admet également qu’avec l’équipement aujourd’hui détenu par Music on Vinyl, le son des masters d’origine peut même être amélioré par rapport à l’original, « Nous pouvons faire des choses avec le digital qu’il serait impossible de réaliser avec de l’analogique. Cela a bien entendu également à voir avec le temps que nous passons sur chaque disque. »

Et le temps manquait parfois à l’époque car le vinyle était alors un produit de masse sujet à des deadlines très strictes, ce qui donnait parfois des albums dont la qualité laissait à désirer en termes de son, « nous passons plus de temps à réaliser un master à l’heure actuelle qu’ils le passaient à l’époque. Par exemple, nous avions la matrice d’un album, que je ne peux pas nommer ici, qui fût produit dans les années 80. Cette matrice de Sony servit à dupliquer des dizaines de milliers d’exemplaires de cet album avant que nous nous rendions compte, récemment, que la matrice était imparfaite. Dieu seul sait pourquoi personne ne réagit à l’époque. Pour cet album, notre réedition est meilleure que l’original.  »