Oui, je vous fatigue en permanence avec ça, si vous me suivez un peu sur les réseaux sociaux ou sur Youtube, vous m’avez très certainement entendu vociférer que tel vinyle était « sourcé du CD » ou à contrario qu’il utilisait le « master original« . Et vous avez été nombreux à m’écrire pour me demander tout simplement ce que ça signifiait et en quoi c’était bien ou pas bien : j’ai donc décidé de faire un point sur la notion de « source », parce que si si je vous assure, c’est important et intéressant !

Avant d’aller plus loin : ce que je vous raconte est le fruit de mon expérience et de mes recherches, n’oubliez pas d’en faire de même pour vous forger votre propre opinion, et faîtes confiance à VOS OREILLES.

C’est quoi la source ?

Reprenons depuis le début, afin de bien comprendre les différentes étapes de fabrication d’un vinyle :

  1. Le groupe enregistre l’album (en analogique ou en numérique, ce n’est pas encore les sujet mais les deux sont possibles)
  2. L’album est mixé, c’est au cours de cette étape que l’on va principalement régler les niveaux des différents instruments entre eux, ajouter des effets sur tel ou tel instrument etc.
  3. L’album est ensuite masterisé, c’est au cours de cette étape que l’on va préparer le support final, le master, qui sera envoyé à l’usine de pressage. C’est au cours de cette étape qu’une cohérence globale va être apportée à l’enregistrement, et qu’une couleur va pouvoir lui être apportée avec de la compression, de la réverbération etc.Le mastering peut être digital (s’il est réalisé depuis une source digitale comme des fichiers informatiques ou une cassette DAT) ou analogique si réalisé depuis des bandes analogiques sans digitalisation (ce que l’on appelle la Full Analog Chain, le Saint Graal en 2019, la norme avant les années 80). L’étape de mastering va permettre à l’ingénieur de réaliser le disque témoin à partir duquel l’usine pressage va réaliser la matrice de pressage, qui servira à presser le vinyle.

Le suite est expliquée dans cette vidéo si celà vous intéresse :

Pourquoi le master est-il si important dans la fabrication du vinyle ?

Un signal analogique (à gauche) et son équivalent numérique (à droite) source : L’internaute

Le vinyle est un support analogique, à l’inverse du CD ou du MP3 qui eux sont des supports digitaux. Je ne vais pas m’étendre sur la différence entre l’analogique et le numérique, mais vous pouvez retenir que là où l’analogique enregistre le signal de façon continue, le numérique enregistre le signal « en partie », en le découpant en de très nombreux petits morceaux (44 000 par seconde dans le cas d’un CD par exemple).

La courbe analogique, plus ronde, moins abrupte, est ce qui donne en théorie au vinyle un son plus rond, plus chaud que le CD ou qu’un fichier numérique.

Si vous avez suivi les explications ci-dessus, vous comprenez donc que si à un moment de la chaîne, à l’enregistrement ou au mastering, le signal a été numérisé, le vinyle perd son intérêt analogique. C’est pour cette raison qu’il n’est pas normal pour beaucoup d’amateurs de vinyle, qu’un master numérique soit utilisé pour presser un vinyle.

L’autre point critique à prendre en compte est le fait que le support d’écoute final a des spécificités qui lui sont uniques : un vinyle est différent d’un CD, et les deux supports doivent être traités différemment afin que le rendu soit le meilleur sur chacun des supports.

OK, du coup, le seul moyen d’avoir un super son sur vinyle, si je comprends bien, c’est que l’enregistrement studio soit analogique, et que le mastering soit un mastering analogique dédié au support vinyle, c’est bien ça ?

C’est bien, je vois que tu te poses les bonnes questions … J’ai envie de te répondre oui et non 😀 (sous réserve que l’usine de pressage fasse bien son boulot) :

Oui car ce qui plaît à de nombreux collectionneurs de vinyle c’est le « son du vinyle », celui qu’ils connaissent car ils l’écoutaient quand ils étaient petit, leur Madeleine de Proust en quelque sorte. C’est vrai que lorsque l’on écoute un mono des Beatles, L.A Woman des Doors ou un pressage original Blue Note des années 50/60, on sent une chaleur, une présence, une écoute confortable, une vraie dynamique. Et dans le cas de ces artistes, on est bien sur une chaîne analogique, le Saint Graal :

La fameuse chaîne AAA :
Enregistrement Analogique => Mastering Analogique => Support Analogique (vinyle)

Cependant, une question reste légitime : est-ce dû au support vinyle ? Dans les années 60 et 70 l’analogique était la norme et les ingénieurs étaient qualifiés et nombreux. Ils savaient donc comment faire sonner le support vinyle car ils maîtrisaient parfaitement la chaîne AAA expliquée ci-dessus, en tirant martie des avantages et des défauts du support d’écoute final, le vinyle.

Un fichier numérique est-il incapable de reproduire celà ? Honnêtement j’en doute (c’est mon avis) : selon moi, le « son du vinyle » tel qu’il existe sur les albums exceptionnels pré-cités ci-dessus est reproductible à l’identique sur un fichier numérique, le seul problème vient du fait que les ingénieurs travaillent différemment depuis l’apparition du CD et que les demandes du marché sont différentes : plus compressé, plus fort etc (la fameuse guerre du son). Le son du vinyle est selon moi plus lié au savoir des ingénieurs de l’époque plutôt qu’au support en lui-même.

Ce qui m’amène en douceur à mon NON : il n’est absolument pas impossible d’avoir un bon son avec une chaîne DDA (à savoir enregistrement et mastering digitaux), et certains labels de qualité comme Music on Vinyl par exemple revendiquent l’utilisation exclusive de masters digitaux..

Depuis le milieu des années 80, la plupart des albums sont enregistrés et masterisés au format digital, c’est le cas par exemple d’albums réputés audiophiles comme par exemple le très bon Brothers in Arms de Dire Straits.

En 2019, une immense majorité de la musique est enregistrée de manière numérique, cette chaîne AAA est donc brisée dés le début. En fait, en 2019, la quasi-totalité des vinyles neufs sont du DDA, à savoir :

Enregistrement Digital => Mastering Digital => Support Analogique (vinyle)

L’enregistrement original est numérique (DAT par exemple) ou numérisé (bandes analogiques numérisées) et l’ingénieur en mastering va donc réaliser à partir de cet enregistrement un mastering spécifiquement dédié au disque vinyle : le fait que l’enregistrement et le mastering soient numériques n’est pas rédhibitoire selon moi si l’ingénieur fait son travail correctement, afin de créer un mastering adapté au support d’écoute final. Depuis un enregistrement, l’ingénieur va donc réaliser plusieurs masters, idéalement un pour chaque support de diffusion final (vinyle, CD, cassette, numérique etc). Je vous invite à regarder la vidéo suivante qui prend pour exemple le travail réalisé sur un album récent de Daft Punk.

Et c’est là que se trouve le problème : de très nombreux vinyles sont aujourd’hui pressés à partir d’un CD. Pour bien comprendre ce que celà signifie : le label extrait les fichiers audio d’un CD (comme vous le feriez sur votre ordinateur par exemple) au format WAV et envoie ces fichiers à l’usine de pressage pour les presser sur vinyle. Parfois les usines de pressages ont un ingénieur qui corrige un peu ces « masters », mais parfois ce n’est pas le cas, et quoi qu’il en soit, si vous avez bien suivi, on va presser ici de la musique masterisée pour un CD sur un disque vinyle : si vous avez lu cet article vous comprenez pourquoi c’est une aberration. Parfois même les vinyles sont pressés depuis des MP3 …

Et c’est là qu’intervient le marketing, les autocollants 180 grammes et tout le bullshit véhiculé par une industrie plus soucieuse d’écouler de mauvaises réeditions de son back catalogue plutôt que de la musique de qualité, et tout celà à des prix exorbitants bien entendu.

OK, clair, mais alors comment savoir ce que j’achète ?

Voici quelques pistes pour connaître la qualité d’un pressage vinyle :

  • Lire les commentaires du pressage en question sur le site Discogs (en anglais) : sur chaque pressage, en bas de page, les internautes postent des commentaires (en anglais) afin d’apporter des informations sur le master utilisé, la qualité du pressage etc. Si tu ne sais pas ce qu’est Discogs, je te conseille la vidéo que j’ai réalisée à ce sujet.
  • Il existe des labels spécialisés dans le pressage de vinyles de qualité, en voici quelques-uns, mais la liste n’est pas exhaustive. Sache que la qualité a souvent un coût.
  • Tu peux te renseigner également sur les sites des labels, à la recherche par exemple de mentions comme « Pressed from original master« , « Pressed from original analog Tapes », « Half-Speed mastered at … » etc.
  • Les mentions suivantes doivent éveiller votre curiosité et ne JAMAIS êtres considérées en elles-mêmes comme gage de qualité : « 180 grammes », « Audiophile quality », « Audiophile vinyl », « Audiophile quality vinyl », « Pure virgin vinyl » …
  • Vous rendre sur le site DR Loudness War qui propose des comparatifs de la dynamique entre les versions CD et vinyle. Intéressant mais à prendre avec des pincettes tout de même 😉

Enfin, sachez que je suis en train de développer un site gratuit participatif qui permettra à chacun de venir apporter des précisions sur la source utilisée pour presser tel ou tel vinyle, ce site est en cours de finition au moment où j’écris ces lignes, mais voici un petit preview en vidéo, n’hésitez pas à partager / réagir. Le site verra le jour probablement en mars 2019.

4 Commentaires

  1. Un grand bravo pour cet article et pour ton projet de site, riche idée !!

    Tu devrais faire des vidéos sur le sujet également sur Youtube, ça manque je trouve (chez les francophones), c’est d’utilité publique :p

    Je me suis longtemps arrêté aux vinyles 70’s pour les raisons évoquées mais dernièrement j’achète davantage d’albums qui sortent en vinyles mais dans un seul but, éviter cette fameuse guerre du son. Ces vinyles modernes ne sonnent absolument pas comme leurs « ancêtres » mais au moins, ils sont un peu moins compressés et fatiguant à l’écoute que les version CDs.

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