Une fois n’est pas coutume, je suis passé de l’autre côté de la table : le 11 janvier 2026, j’ai tenu un stand et vendu quelques vinyles au salon du disque de Mâcon.
Ça fait une quinzaine d’années que je collectionne de manière assez… intense. J’ai commencé très tôt à acheter des lots, parfois des collections entières, ce qui veut dire qu’au fil du temps, j’ai accumulé énormément de disques. Et une bonne partie a fini par “végéter” dans des caisses pendant des années. Aujourd’hui, je suis en train de remettre en circulation pas mal de disques achetés il y a plus de dix ans (à l’exception, évidemment, de ceux qui ont fini par rejoindre officiellement mes étagères).
Dans la vidéo, je raconte quel type de vendeur je suis, ce que j’emmène en foire, et surtout ce que je ressens pendant ce genre de journée. Je parle au présent pour un ton plus immersif, mais qu’on soit clair : je n’ai pas une grande expérience de vente. J’ai fait quelques foires, pas beaucoup plus.
Ce que j’emmène en foire : trois catégories de disques
Dans mes caisses, il y a trois “familles” de disques.
D’abord, les doubles (ou triples, ou pire). Tout ce que j’ai en plusieurs exemplaires repart sur le marché de l’occasion. Et tant qu’à faire, j’en profite pour vérifier que l’exemplaire que je garde est bien le meilleur de la pile.
Ensuite, les disques d’artistes que je n’aime pas, ou des styles qui ne me parlent pas (ou plus). Ça arrive, surtout quand on achète des lots : on récupère forcément des choses qu’on n’aurait jamais achetées à l’unité.
Et enfin, les disques de ma collection personnelle que je n’écoute plus et dont je pense, à l’instant T, que je ne les écouterai plus jamais. Ce point est plus litigieux qu’il n’y paraît, parce qu’en vrai… on ne sait jamais. Ça m’est déjà arrivé (plus d’une fois) de vendre un disque, puis de le racheter quelques années après. La vie est pleine de contradictions.
À noter : je n’ai pas de caisses “petit prix”, ou en tout cas je ne les emmène pas pour le moment. J’essaie plutôt de me concentrer sur de jolis disques, en bel état, avec une sélection cohérente.
Le soin apporté aux disques : nettoyage, grading, transparence
Je fais assez attention à l’état des disques que je vends. Tous passent par les mêmes étapes.
Je nettoie le disque et la pochette.
Je change la pochette extérieure, et la pochette intérieure si nécessaire.
Et surtout, je passe le disque sur la platine, au casque, pour le grader correctement. Je suis plutôt sévère. Mon objectif, c’est d’éviter la mauvaise surprise pour l’acheteur. Et puis j’ai un truc un peu bizarre : je ne sais pas pourquoi, mais j’ai une très bonne mémoire des disques que j’ai gradés. Du coup, si un disque est VG (et c’est bien sûr noté sur l’étiquette), je prends le temps de prévenir l’acheteur au moment de l’achat. Parce que cette notion d’état n’est pas évidente pour tout le monde, et le système peut paraître assez cryptique. Parfois les gens n’osent pas demander.
Côté prix, j’essaie de me placer un peu en dessous du marché, mais sans brader non plus.
La question du “prix trop bas” en foire : une parenthèse
Sur une foire aux disques (et sans aucun jugement, c’est juste le marché), si un disque vaut 50 € et que tu le vends 10 €, il y a de fortes chances qu’il soit parti avant même l’ouverture des portes… et qu’il se retrouve ensuite sur un autre stand à sa “vraie” valeur, autour de 50 €.
Autrement dit : pour qu’un prix “profite” vraiment à un acheteur, il faut qu’il soit raisonnable, pas démesurément bas. Je sais que ces histoires d’argent crispent certains, mais c’est la réalité du terrain, qu’on le veuille ou non.
Dites-moi ce que vous en pensez, ça m’intéresse vraiment d’avoir vos retours sur ce sujet.
Les étiquettes : mon petit côté geek
Petit bonus, parce que je suis un geek, parce que ça fait “comme chez le disquaire”, et parce que j’aime tout simplement faire ça (le partage, toujours) : j’apporte un soin particulier aux étiquettes.
J’y mets l’état de la pochette, l’état du disque, et parfois un petit commentaire si j’en ai envie. Personnellement, je trouve ça super agréable quand un stand est homogène, lisible, et qu’on sent que le vendeur y a mis du cœur.
Alors, qu’est-ce que j’ai vendu à Mâcon ?
Et bien… j’ai pas mal vendu.
Beaucoup de punk
Clairement, j’avais pas mal de punk en double, ou du punk que je n’écoute pas, avec un gros avantage : souvent des originaux, souvent en très bel état. J’ai vendu quelques disques de Béru, Heartbreakers, New York Dolls (ok c’est plus glam), des Stooges, etc.
Parfois à très bon prix (j’y reviens plus tard), parfois à des tarifs “corrects mais élevés”. Un exemple : Fun House des Stooges, quasi Mint, est parti autour de 60 € de mémoire. L’état était vraiment excellent, et l’acheteur n’a même pas négocié.
De la new wave / années 80 : valeur sûre
J’ai aussi vendu pas mal de disques typés new wave ou années 80 : Communards, Depeche Mode, XTC, The Cure, etc. Sans surprise, sur les quelques foires que j’ai pu faire en tant que vendeur, quand on n’est pas trop gourmand, ça marche quasiment toujours très bien.
Un peu de français, et des profils d’acheteurs surprenants
Côté variété française, j’ai vendu des choses attendues comme Mylène Farmer. Et je m’arrête deux secondes là-dessus, parce que le profil des acheteurs me surprend à chaque fois : très jeunes pour beaucoup, souvent entre 16 et 25 ans (pas uniquement, mais souvent).
Même chose pour Goldman, par exemple. C’est assez étonnant. Et à l’inverse, des artistes un peu plus “pointus” comme Manset ont aussi un certain succès.
Rock “classique” : ça vend, mais pas toujours comme on l’imagine
Beatles / Stones / Bowie : ça fonctionne, oui, mais je remarque que ça se vend beaucoup auprès de collectionneurs assez pointus, qui cherchent un label précis, un pays de pressage, une version particulière, etc.
Cela dit, je vends aussi ce type d’artistes (surtout les Beatles) à de jeunes, voire très jeunes collectionneurs, et ça, c’est vraiment cool à voir.
Gros flop en revanche sur des artistes comme Dire Straits ou Phil Collins. Là, je ne m’y attendais pas forcément… mais constat assez net.
Jazz et prog : néant absolu
Et là, surprise (ou pas) : côté jazz et prog, c’est le néant absolu. Je comprends que les grosses pièces (des originaux de Can ou Amon Düül, par exemple) ne partent pas forcément : c’est cher, c’est spécifique. Mais sur des disques plus “courants”, je dois me rendre à l’évidence : Yes, Genesis, même Pink Floyd (à part quelques points très précis de leur discographie) ne font pas vraiment recette.
Hard / metal : douche froide
Et enfin… le hard et le metal. Douche froide. J’ai vendu très, très peu.
Pourtant, j’avais de beaux disques, propres, bien présentés. Est-ce une histoire de prix ? Honnêtement, je ne pense pas. Déjà parce que mes prix sont raisonnables, et ensuite parce que quiconque passe cinq minutes sur mon stand voit bien que je suis un piètre négociateur.
Enfin… “piètre vendeur”, c’est faux : en réalité je suis plutôt un bon vendeur parce que je suis sympa et volubile. Mais j’ai tendance à arrondir les prix pour faire plaisir, parfois même sans qu’on me demande quoi que ce soit.
Je pense surtout que j’avais beaucoup de disques très courants. Et ce n’est pas forcément ce qui marche en foire. Un amateur de hard a souvent déjà une bonne partie de la discographie d’AC/DC, Scorpions, Kiss, Van Halen… Tous les “heavy hitters” très communs ne font pas vraiment recette.
Il y a quelques exceptions : Iron Maiden se vend très très bien, Metallica aussi, Guns également, et tout ce qui est un peu plus “obscur”. Le problème, c’est que ces disques-là, tu n’en as souvent qu’un seul. Donc quand il est vendu… il est vendu.
Le contact avec les gens : ce que j’aime le plus
J’ai très peu d’expérience dans la vente, même si j’ai travaillé un temps dans un vidéo-club pendant mes études (oui, le détail qui trahit mon âge). Mais j’aime bien vendre.
Je crois que j’ai un petit truc : j’arrive assez vite à cerner les gens au premier contact (ou alors je me plante complètement, c’est possible). Quand je tente le premier “bonjour” à quelqu’un qui s’arrête sur mon stand, j’essaie de m’adapter à sa réaction.
Est-ce que la personne est ouverte à la discussion ?
Est-ce qu’elle veut juste être tranquille ?
Est-ce que je peux lui dire qu’elle a des goûts de chiotte… ou pas ?
Je plaisante, mais l’idée est là : je fais au mieux pour rester dans quelque chose de naturel, en gardant toujours en tête une question simple : “Comment est-ce que moi j’aurais réagi en face ?”
Et franchement, la plupart des gens sont super sympas, très réceptifs, très volubiles. On parle musique, pressages, souvenirs, concerts, collections… et ça donne souvent des échanges hyper intéressants, parfois totalement improbables.
Une chouette journée, vraiment
On a passé une super journée. Ce que je préfère, c’est discuter avec les acheteurs, souvent très passionnés. J’ai appris plein de trucs, vendu des disques improbables à des gens tout aussi improbables, débattu pour savoir lequel de Dark Side of the Moon ou Wish You Were Here est vraiment indispensable s’il ne devait en rester qu’un, bu quelques bières avec les potes… bref, une belle journée.
Si vous ne connaissez pas le salon du disque de Mâcon, allez-y. C’est une fois par an, en janvier, et c’est vraiment top.
Et vous ?
Et toi, est-ce que tu as déjà une expérience de vente ?
En tant qu’acheteur, qu’est-ce qui te déplaît chez les vendeurs ? Et au contraire, qu’est-ce qui fait que tu te sens à l’aise sur un stand ?
Et si jamais tu es passé sur mon stand à Mâcon et qu’on a échangé, dis-le-moi aussi en commentaire.
À bientôt


