Quand My Velvet Soul m’a contacté il y a quelques semaines pour savoir si je souhaitais écouter et chroniquer leur 1er album éponyme, j’ai volontiers accepté, même si je ne connaissais alors pas encore le combo valentinois (ça veut dire qu’ils sont de Valence, moi non plus je ne le savais pas, pas de panique ;-). Renseignement pris, le groupe My Velvet Soul est un trio (basse / batterie / guitare) qui se décrit comme jouant des compositions inspirées des années 60 et 70, mais ça, nous en reparlerons.

Avant de parler musique, un petit mot sur la démarche, et l’objet en lui-même : un groupe qui te contacte en 2020 pour savoir si tu veux recevoir leur vinyle pour chroniquer leur musique, ça ne court pas les rues, je souhaite donc prendre le temps de les remercier pour cette démarche, qui rappelle un temps que les moins de 20 ans … La rédaction a donc reçu un colis contenant le vinyle, ainsi qu’un petit leaflet contenant des infos sur le groupe, des infos de contact, et un mot personnalisé de la part du groupe. C’est très pro, et ça pose les bases !

Le disque est pressé sur vinyle blanc, est n’est par ailleurs disponible qu’en vinyle ou en digital, directement sur le Bandcamp du groupe (bandcamp et discogs) : pour rappel, Bandcamp est un outil en ligne de promotion des artistes indépendants, lorsque vous achetez sur cette plateforme, vous soutenez grandement l’artiste puisqu’aucun autre intermédiaire que Bandcamp (au travers de sa commission) ne vient se servir au passage, environ 90% de votre achat va à l’artiste.

Le vinyle en lui-même est de très bonne facture, le pressage est de qualité, aucun souffle, aucun grésillement. La pochette est également imprimée sur carton de qualité, bref, c’est du tout bon (et au passage beaucoup mieux que de nombreuses sorties actuelles).

Je vous mets l’album ci-dessous, vous pouvez l’écouter en lisant la chronique :

En ce qui concerne la musique donc, le combo se décrit comme oscillant entre un rock 60s et 70s, mais cite parfois quelques influences plus récentes comme l’excellent combo australien Wolfmother. Dés l’ouverture du disque, Hey Mr Policeman propose un blues rock solide, teinté de funk, avec une voix assez envoûtante (faisant penser à Lenny Kravitz) : imagine Hendrix s’il avait été signé par Motown, et tu chauffes. Je ne peux malgré tout pas me résoudre au fait que ce titre (et même ce groupe) ne sonne que 60s/70s, il y a quelque chose de moderne là-dedans, sur effectivement une base très vintage. Le traitement de la voix est extrêmement réussi, tout comme le son global de l’album, qui a une vraie patte, un vrai caractère, ce qui manque à bien trop de productions de nos jours.

Alors oui, certains titres comme le très bon Petula Song, raviront les fans des Rolling Stones, là on y est : même les intonations de Jagger sont parfois présentes, quant au riff de guitare, que dire, un son effectivement très 70s.

Avec Fame and Shame, My Velvet Soul balance « enfin » ce qui fait selon moi l’essence de ce groupe, tout son sel : un mélange subtil de blues crasseux enveloppé dans une intelligence de composition certaine. En témoigne la fin de son riff principal en 6/8, qui vous accrochera l’oreille, surtout si vous êtes musicien. Et ce titre avait par ailleurs commencé sur une touche très particulière, une intro assez planante, qui personnellement me rappelle mon adolescence bercée de Soundgarden ou Alice in Chains. Je serais curieux de savoir si les gars de My Velvet Soul on écouté ce type de groupes, mais je retrouve cette patte début 90 sur quelques titres de leur album, on y reviendra plus tard. Quant au riff principal, il vous rappellera un certain Led Zeppelin, je vous laisse l’écouter !

Flayed and Alive et son hard blues poisseux me rappelle les grandes heures d’un ZZ Top avant que les barbus ne découvrent les synthétiseurs. Le riff de guitare ferait repousser les cheveux de Bruce Willis, et donnerait sûrement envie à Jack White de se remettre au rock, qui sait.

Puis vient la face B. En fait tu tétais confortablement enfoncé dans ton canapé avec ton picon bière, t’étais en lieu sûr, t’avais compris ces mecs et leurs intentions : un blues rock puissant, vintage et accrocheur. Attache ta ceinture, le purgatoire arrive dans 3mn 30. Mais avant ça, le funky Masterplan, composé en 13/8 (si le picon ne m’a pas encore totalement ôté toute capacité à compter les croches …), nous confirmera que MVS aime la funk, même si on est tout de même assez loin de Parliament ou Kool and The Gang.

Et bim, encore des mesures composées dans l’excellent Music Box, qui t’agresse sans prévenir : enfin un basse / batterie pour le couplet, je trouve que ça sert clairement la chanson, et donne du poids à la guitare quand cette dernière vient faire son oeuvre entre les couplets. Je souligne ici une fois de plus l’intelligence de la composition dans le choix étriqué des intervalles, qui vous fera vous sentir nauséeux quelques instants avant d’arriver à reprendre votre souffle quelques secondes. Un titre qui demandera plus d’une écoute pour être digéré, mais qui selon moi, donne clairement du sens à ce groupe.

Les choses se confirment, on a quitté la cour d’école, et même le pub, on se rapproche de l’enfer sur le titre suivant, In The Garden Of Nowhere. Guitares noisy et dissonantes, demi-tons angoissants, contrebalancés par une voix planante et envoûtante. Ca sonne assez doom, un peu Black Sabbath sur les bords, mais tout de même avec une pointe de modernité, probablement apportée par la mélodie du chant. On pourrait presque y entendre du Nine Inch Nails à droite à gauche, quelque chose de très avant-gardiste. Encore une fois, ce titre contraste fortement avec le début de l’album.

We Will See The Light Again, c’est la fin du monde. En même temps, on le sentait venir depuis deux trois titres, on commençait doucement à sentir les flammes de l’enfer nous brûler le caleçon. J’en profite pour réitérer mon allusion aux groupes de grunge du début des années 90, là je les entends à nouveau, une sorte de noirceur et de profondeur qui se cachait derrière ce rock à priori candide. Puis c’est la fin, le titre se termine de manière plus calme, laissant la place à Through the Wailing Trees, un étonnant guitare sèche / voix, très mélancolique, qui vous rappelle que tout est fini, que ça ne sert plus à rien de se battre. Ce titre est magnifique, et si l’on ne comprend pas tout de suite ce qu’il fait là, il prendra tout son sens après plusieurs écoutes de l’album. J’ai eu du mal à savoir à quoi ça me faisait penser, puis j’ai décidé de m’arrêter sur Yodelice, je n’ai pas trouvé mieux, et je ne suis pas sûr que je pensais bien à lui d’ailleurs, mais la comparaison me paraît fidèle, surtout lorsque les voix s’entremêlent sur le refrain.

En résumé, si la face A vous aguiche avec son blues rock accrocheur et frimeur parfois, la face B vous déroutera, vous renverra dans vos cordes, vous et votre picon bière. My Velvet Soul est un album accrocheur mais complexe, une sorte de Cerbère qui ne se laissera pas dompter si facilement. Un groupe à suivre, très clairement.

Si vous souhaitez vous procurer le vinyle de My Velvet Soul, vous pouvez contacter le groupe via Bandcamp.